Belgrade, la force décuplée des perdants

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Belgrade, la force décuplée des perdants

L’année passée j’ai eu la chance de faire un road-trip dans les Balkans, j’ai vu bien des paysages, bien des villes magnifiques mais aucune dans mon souvenir n’a égalé le charme discret et humble de Belgrade. Dans l’ombre de l’opulente et bien trop touristique Budapest, la capitale serbe déploie son histoire tourmentée par petites touches, se tient à la dimension humaine de celle-ci et préserve son art de vivre et sa culture des sirènes du tourisme. Grande perdante de la mondialisation face aux paradis touristiques (ou fiscaux) qui l’entourent, Belgrade est pourtant une perle rare.

Le charme de Belgrade ne saute pas aux yeux, il se dévoile petit à petit, ne vous attendez donc pas à en prendre plein la vue à la sortie de la gare. Le monde ne s’arrêtera pas de tourner pour vous et c’est aussi cela, cette anonymat qu’offre la ville qui est agréable, ici vous n’êtes pas une poule aux oeufs d’or, vous êtes un voyageur parmi les autres, urbains ou globe-trotteurs, tous sont traités de la même manière. En revanche, dès les premiers pas on est surpris du nombre d’affiches pour les concerts, festivals et autres soirées qui tapissent chaque coin de rue. La ville prend encore une fois le contrepied de ses voisines aux festivals drainant chaque année des masses infinies de clubbeurs fluos, elle propose une offre prolifique, pointue pour quiconque est amateur de musiques électroniques.

savamala

 

Dans le quartier Savamala, les bâtiments qui ne paient pas de mine se révèlent de véritables nids de culture. Le quartier entier autrefois abandonné est aujourd’hui au coeur d’un renouveau culturel fascinant et à la pointe des cultures underground. Entre deux murs décorés d’un street art élégant et omniprésent dans toute la ville, les constructions d’après-guerre se révèlent d’une modernité hallucinante. Cinémas, galeries, auberges de jeunesse et autres bars font de ce quartier le royaume de l’alternatif et de la culture DIY.
Mon premier arrêt se doit d’être le marché Zeleni Venac à proximité immédiate de la gare. Outre l’architecture bien particulière du bâtiment, je me fais une idée bien précise de ce que les gens mangent. La star des étalages dans le pays est le poivron et selon l’époque, les prunes sont également très appréciées. Vous pouvez également vous faire plaisir sur les fromages et en profiter pour tester le kajmak (un hybride entre la crème et le fromage à tomber par terre). J’ai aussi la joie de constater que les prix sont relativement bas par rapport aux voisins Croates ou Hongrois. A deux pas du marché se trouve la grande rue piétonne Knez Mihaljo dans laquelle vous trouvez cafés et autres boutiques, pas forcément très atypique mais animée.

C’est dans les petites rues qui me mènent au parc Kalemegdan que je trouve mon bonheur: un petit bar tout en bois, une immense baie vitrée en guise de vitrine et comme l’impression d’être dans un tableau de Hopper. Ici comme dans le reste de la région, l’art du bon café est pris très au sérieux et comme prévu, je me régale. Une fois dans le parc la vue sur le Danube et la Save est à couper le souffle. Je prends alors la dimension de la ville qui s’étend à perte de vue et s’avère relativement verte. Après un tour sur la forteresse et d’autres péripéties, je décrète que le reste de ma visite explorera l’autre rive de la ville.

zemun

A l’auberge Green où j’ai élu domicile, on me conseille le quartier de Zemun. Quartier de pécheur, apparement assez atypique et accessible en bus, je me lance avec ma carte et mon sac à dos. Le temps n’est pas au rendez-vous et quand j’arrive sur la place du marché, mes choix sont quelques peu réduits. Cependant sur les rares stands ouverts je découvre des poissons cuisinés et des pâtisseries maison ainsi que de nombreux marchands de fleur qui redonnent de la lumière à cette journée bien grise. Zemun est un monde à part, loin de Novi Beograd tout en buildings et agitation d’entrepreneurs, c’est un village qu’on ne pense pas relié à cette capitale. Après avoir profité des bords du Danube je monte sur les hauteurs d’où j’ai une vue imprenable sur Belgrade.  Je décide alors de passer le peu de temps qu’il me reste à la découverte de ce quartier. Je constate rapidement l’intelligence de mon choix: chaque café donne envie de se poser pendant des heures et les gens y sont très accueillants.

Belgrade vit cependant des heures difficiles et la pauvreté ainsi que la question migratoire sont très présentes, ce qui la rend encore plus touchante et fascinante à mes yeux. Beaucoup y voient un “nouveau Berlin” qui ne cesse de s’élever des crises à répétition auxquelles elle doit faire face, moi j’y vois un îlot de paradis où je serai restée indéfiniment.

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